Sommeil

Mélatonine : est-ce efficace pour dormir, et sans danger ?

La mélatonine aide surtout à recaler l'horloge biologique, notamment après un vol vers l'est. Son effet sur l'insomnie est modeste, et l'Anses la déconseille à plusieurs populations.

Par la rédaction UCPLLMis à jour le 7 min de lectureNotre méthode
Femme allongée dans son lit qui porte un masque de sommeil
Femme allongée dans son lit qui porte un masque de sommeil — Photo : Slumber Sleep Aid / Unsplash

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La réponse courte

La mélatonine est l'hormone qui signale la nuit à l'organisme. Prise en complément, elle a une efficacité démontrée contre le décalage horaire, en particulier après un vol vers l'est, et un effet modeste sur le temps d'endormissement. L'Anses recommande de la réserver à un usage ponctuel et de l'éviter pendant la grossesse, chez l'enfant et l'adolescent, et en cas de traitement ou de certaines maladies.

À retenir

  • Efficacité la mieux établie : le décalage horaire, avec des doses de 0,5 à 5 mg prises à l'heure du coucher sur place (revue Cochrane).
  • Allégations UE autorisées : réduction du temps d'endormissement (1 mg avant le coucher) et atténuation du décalage horaire (0,5 mg).
  • En 2018, l'Anses a analysé 90 signalements d'effets indésirables et recommandé un usage ponctuel.
  • À éviter sans avis médical : grossesse, allaitement, enfants, adolescents, épilepsie, asthme, maladies auto-immunes, traitements en cours.
  • Un médicament à base de mélatonine à libération prolongée existe pour l'insomnie des plus de 55 ans, sur prescription.

Ces informations sont générales et ne remplacent pas une consultation. En cas de symptômes, de traitement en cours, de grossesse ou d'allaitement, demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien.

Sommaire
  1. Qu'est-ce que la mélatonine ?
  2. Complément ou médicament : quelle différence ?
  3. La mélatonine est-elle efficace ?
  4. Quelles allégations sont autorisées en Europe ?
  5. Pourquoi l'Anses a-t-elle alerté sur la mélatonine ?
  6. Qui ne doit pas prendre de mélatonine ?
  7. Comment l'utiliser de façon raisonnable ?
  8. Peut-on augmenter sa mélatonine naturellement ?
  9. Quelles alternatives à la mélatonine ?
  10. Quand consulter ?

Gommes, sprays, comprimés fondants : la mélatonine s'est imposée en quelques années comme le complément « sommeil » vedette des pharmacies et des rayons bien-être. Elle est souvent présentée comme une solution naturelle et sans risque contre les nuits difficiles.

La réalité est plus nuancée. La mélatonine a une utilité démontrée dans une situation précise, le décalage horaire, et un effet modeste sur l'endormissement. Et parce qu'il s'agit d'une hormone, l'Anses a émis dès 2018 des mises en garde qui restent d'actualité.

Voici ce qu'il faut savoir avant d'en prendre : comment elle agit, pour qui elle est utile, à quelle dose, et qui doit l'éviter.

Qu'est-ce que la mélatonine ?

La mélatonine est une hormone produite naturellement par la glande pinéale, dans le cerveau. Sa sécrétion est commandée par l'horloge biologique et freinée par la lumière : elle augmente en soirée, quand l'obscurité s'installe, atteint un pic au milieu de la nuit et chute au petit matin.

Son rôle n'est pas d'« assommer » mais de donner le signal de la nuit à l'organisme. C'est pour cela qu'on la surnomme l'hormone du sommeil, et que la lumière des écrans le soir, qui freine sa production, retarde l'endormissement.

La production diminue avec l'âge, ce qui explique en partie un sommeil plus léger chez les personnes âgées. Elle se décale aussi à l'adolescence, d'où des couchers plus tardifs (voir notre guide sur le sommeil des ados).

Complément ou médicament : quelle différence ?

En France, la mélatonine existe sous deux statuts :

Complément alimentaire Médicament
Doses Faibles, généralement inférieures à 2 mg par prise 2 mg à libération prolongée (adulte)
Accès Libre (pharmacie, magasins, internet) Sur prescription médicale
Indication Allégations encadrées (endormissement, décalage horaire) Insomnie des plus de 55 ans, sur une durée limitée
Contrôle Déclaration du produit, pas d'évaluation de l'efficacité Autorisation de mise sur le marché, pharmacovigilance

Le médicament à libération prolongée diffuse la mélatonine progressivement pendant la nuit, pour imiter la sécrétion naturelle. Il est réservé aux personnes de 55 ans et plus souffrant d'insomnie, en traitement de courte durée. Des formes pédiatriques existent aussi pour des indications très spécifiques, uniquement sur prescription de spécialistes.

Aile d'avion au-dessus des nuages pendant un vol de nuit
Aile d'avion au-dessus des nuages pendant un vol de nuit — Photo : Stefan Riedl / Unsplash

La mélatonine est-elle efficace ?

Contre le décalage horaire : oui

C'est l'usage le mieux démontré. La revue Cochrane consacrée au sujet a analysé dix essais randomisés : la mélatonine réduit nettement les symptômes du décalage horaire, surtout quand on traverse cinq fuseaux horaires ou plus, et davantage lors des vols vers l'est que vers l'ouest. Le nombre de personnes à traiter pour qu'une en tire un bénéfice est estimé à seulement 2.

Points clés selon cette revue :

  • des doses de 0,5 à 5 mg sont d'efficacité comparable sur le décalage horaire ; 5 mg aident un peu plus à s'endormir vite, mais au-delà de 5 mg, pas de bénéfice supplémentaire ;
  • le moment de la prise est déterminant : près de l'heure du coucher à destination (22 h - minuit, heure locale) ;
  • prise au mauvais moment, notamment tôt dans la journée, elle peut provoquer de la somnolence et retarder l'adaptation.

Contre l'insomnie : un effet modeste

Pour l'insomnie « classique », l'effet est limité. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a validé l'allégation selon laquelle la mélatonine contribue à réduire le temps d'endormissement, pour une dose de 1 mg prise peu avant le coucher. Le gain reste de l'ordre de quelques minutes en moyenne.

La mélatonine n'agit pas sur les réveils nocturnes liés au stress, aux douleurs ou aux apnées. Elle ne remplace donc pas une vraie prise en charge : si vous dormez mal depuis des semaines, lisez notre guide insomnie : que faire ?, qui présente la thérapie cognitivo-comportementale recommandée en premier par la HAS.

Pour le travail de nuit ou le retard de phase

Chez les personnes dont l'horloge est décalée (endormissement très tardif) ou qui travaillent en horaires alternés, la mélatonine peut aider à recaler le rythme, mais toujours en association avec une bonne gestion de la lumière, et idéalement avec un suivi médical.

Quelles allégations sont autorisées en Europe ?

Le registre européen des allégations de santé (règlement 1924/2006) autorise deux formulations pour la mélatonine :

Allégation autorisée Condition d'emploi
« Contribue à réduire le temps d'endormissement » 1 mg pris peu avant le coucher
« Contribue à atténuer les effets du décalage horaire » Au moins 0,5 mg pris peu avant le coucher le premier jour du voyage et les jours suivants

Tout produit qui promet d'« éliminer l'insomnie », de « guérir » les troubles du sommeil ou d'agir sur le stress sort de ce cadre.

Pourquoi l'Anses a-t-elle alerté sur la mélatonine ?

En avril 2018, l'Anses a publié un avis sur les compléments alimentaires contenant de la mélatonine, à partir de 90 signalements d'effets indésirables reçus par son dispositif de nutrivigilance. Les effets rapportés :

  • maux de tête, migraines, vertiges ;
  • somnolence, y compris le lendemain ;
  • cauchemars, irritabilité ;
  • tremblements ;
  • nausées, vomissements, douleurs abdominales.

L'agence a conclu que les données étaient insuffisantes pour garantir la sécurité à long terme et a recommandé de réserver ces produits à un usage ponctuel. Elle a également demandé une harmonisation européenne des règles pour les doses inférieures à 2 mg. L'Assurance maladie rapporte par ailleurs que plus de 200 événements indésirables avaient été recensés entre 1985 et 2016, dont des troubles neuropsychiatriques et du rythme cardiaque.

Qui ne doit pas prendre de mélatonine ?

Selon l'Anses, les personnes suivantes doivent éviter les compléments de mélatonine :

  • femmes enceintes ou allaitantes ;
  • enfants et adolescents ;
  • personnes atteintes de maladies inflammatoires ou auto-immunes ;
  • personnes souffrant d'épilepsie ou d'asthme ;
  • personnes présentant des troubles de l'humeur, du comportement ou de la personnalité ;
  • personnes sous traitement médicamenteux ;
  • personnes qui doivent réaliser une activité nécessitant une vigilance soutenue (conduite, travail sur machine).
Attention

La mélatonine peut interagir avec les anticoagulants (antivitamines K), certains antidépresseurs comme la fluvoxamine, les antiépileptiques et les sédatifs. Demandez l'avis de votre médecin ou pharmacien si vous suivez un traitement, et signalez-lui que vous en prenez.

Comment l'utiliser de façon raisonnable ?

Si vous êtes un adulte en bonne santé, sans traitement, et que vous envisagez la mélatonine pour un voyage :

  1. Choisissez une dose faible (0,5 à 1 mg) : plus n'est pas mieux.
  2. Prenez-la au bon moment : à l'heure du coucher locale, pas en journée.
  3. Limitez la durée : quelques jours suffisent pour le décalage horaire.
  4. Ne conduisez pas après l'avoir prise et évitez l'alcool.
  5. Arrêtez et signalez tout effet indésirable à votre médecin ou pharmacien.

Le plus efficace, en voyage comme au quotidien, reste de jouer avec la lumière : s'exposer à la lumière du jour le matin à destination et rester dans la pénombre le soir. Un masque de sommeil aide à préserver l'obscurité en avion, à l'hôtel ou quand il fait jour tôt en été.

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Peut-on augmenter sa mélatonine naturellement ?

Votre corps sait fabriquer sa propre mélatonine : le plus efficace est de ne pas freiner cette production.

  • La lumière du matin règle l'horloge biologique et prépare une sécrétion de mélatonine au bon moment le soir.
  • L'obscurité le soir est indispensable : lumières tamisées, écrans éteints, rideaux occultants. Même une lumière modérée peut freiner la sécrétion.
  • Des horaires réguliers permettent à la mélatonine d'être libérée chaque soir à la même heure.

On lit parfois que certains aliments (cerises acidulées, noix, lait) « contiennent de la mélatonine ». C'est exact, mais en quantités infimes, et leur effet réel sur le sommeil n'est pas démontré de façon solide. Une alimentation équilibrée reste bénéfique pour le sommeil en général, sans qu'un aliment puisse jouer le rôle d'un somnifère.

Quelles alternatives à la mélatonine ?

Avant de recourir à un complément, ces leviers ont fait leurs preuves :

  • des horaires de lever réguliers et une exposition à la lumière du matin, éventuellement avec une lampe de luminothérapie en hiver ;
  • un réveil progressif grâce à un simulateur d'aube si vous vous levez de nuit ;
  • l'arrêt des écrans une heure avant le coucher, pour laisser votre propre mélatonine monter ;
  • une courte sieste de 15 à 20 minutes pour compenser une nuit écourtée (voir les bienfaits de la sieste) ;
  • la thérapie cognitivo-comportementale de l'insomnie pour les troubles installés.

Quand consulter ?

Parlez-en à votre médecin si vous ressentez le besoin de prendre de la mélatonine plus de quelques jours, si vos troubles du sommeil durent depuis plus de 3 mois, si vous êtes concerné par l'une des situations à risque listées plus haut, ou si vous avez ressenti un effet indésirable. Il pourra rechercher la cause de vos difficultés et, si nécessaire, prescrire un traitement adapté.

Questions fréquentes

Quelle dose de mélatonine prendre ?

Les allégations autorisées en Europe correspondent à 1 mg pris peu avant le coucher pour réduire le temps d'endormissement, et à 0,5 mg au coucher le premier jour du voyage et les jours suivants pour le décalage horaire. La revue Cochrane montre que des doses supérieures à 5 mg n'apportent rien de plus. Une dose faible, prise au bon moment, est donc préférable.

La mélatonine est-elle dangereuse ?

Utilisée ponctuellement par un adulte en bonne santé, elle est généralement bien tolérée. Mais l'Anses a recensé des effets indésirables : maux de tête, vertiges, somnolence le lendemain, cauchemars, irritabilité, troubles digestifs, et plus rarement tremblements ou migraines. Les données de sécurité à long terme sont insuffisantes, d'où la recommandation d'un usage occasionnel et d'un avis médical dans les populations à risque.

Peut-on prendre de la mélatonine tous les soirs ?

L'Anses recommande de limiter la mélatonine en complément alimentaire à un usage ponctuel, faute de recul suffisant sur une prise prolongée. Si vous en ressentez le besoin tous les soirs, c'est le signe d'un problème de sommeil qui mérite d'être évalué par un médecin. Des traitements plus efficaces sur la durée, comme la thérapie cognitivo-comportementale de l'insomnie, existent.

Quand prendre la mélatonine pour le décalage horaire ?

Selon la revue Cochrane, il faut la prendre près de l'heure du coucher visée à destination, entre 22 heures et minuit heure locale, pendant quelques jours. Prise au mauvais moment, en particulier dans la journée, elle peut provoquer de la somnolence et retarder l'adaptation. Le bénéfice est d'autant plus net que l'on traverse de nombreux fuseaux horaires vers l'est.

La mélatonine interagit-elle avec des médicaments ?

Oui, plusieurs interactions sont décrites : anticoagulants de type antivitamine K, certains antidépresseurs comme la fluvoxamine qui augmente fortement son taux sanguin, antiépileptiques, et tous les produits sédatifs, alcool compris, dont elle peut renforcer l'effet. L'Anses déconseille la mélatonine à toute personne sous traitement sans avis médical. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

Sources

  1. Anses — Certaines populations doivent éviter les compléments alimentaires contenant de la mélatonine (avril 2018)
  2. Anses — Avis relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la mélatonine (saisine 2016-SA-0209)
  3. Cochrane — Melatonin for the prevention and treatment of jet lag
  4. EFSA — Avis scientifique sur la mélatonine et la réduction du temps d'endormissement (2011)
  5. Vidal — Mélatonine : substance active
  6. Ameli — Traitement de l'insomnie

Dernière vérification des sources : 27 septembre 2026.