Sommeil

Apnée du sommeil : symptômes, test et traitements

Ronflements, pauses respiratoires, fatigue au réveil : comment reconnaître l'apnée du sommeil, se tester, se faire diagnostiquer et choisir le bon traitement.

Par la rédaction UCPLLMis à jour le 9 min de lectureNotre méthode
Homme endormi dans son lit, la tête sur l'oreiller
Homme endormi dans son lit, la tête sur l'oreiller — Photo : Shane / Unsplash

La réponse courte

L'apnée du sommeil (SAHOS) correspond à des pauses respiratoires répétées pendant la nuit, dues à la fermeture de la gorge. Elle se manifeste par un ronflement fort, des pauses constatées par l'entourage et une somnolence dans la journée. Le diagnostic repose sur un enregistrement du sommeil (polygraphie ou polysomnographie). Selon la sévérité, le traitement associe perte de poids, orthèse d'avancée mandibulaire ou appareil à pression positive continue (PPC).

À retenir

  • Une apnée est un arrêt du flux d'air de 10 secondes ou plus ; on parle de SAHOS à partir de 5 apnées ou hypopnées par heure de sommeil.
  • D'après l'Assurance Maladie, l'apnée concerne 7,9 % des 20-44 ans, 19,7 % des 45-64 ans et 30,5 % des plus de 65 ans.
  • Les questionnaires d'Epworth et STOP-Bang orientent, mais seul un enregistrement du sommeil pose le diagnostic.
  • La PPC est prise en charge par l'Assurance Maladie sous conditions de sévérité, avec entente préalable et contrôle de l'utilisation.
  • Non traitée, l'apnée augmente le risque d'hypertension, de maladies cardiovasculaires et d'accidents de la route.

Ces informations sont générales et ne remplacent pas une consultation. En cas de symptômes, de traitement en cours, de grossesse ou d'allaitement, demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien.

Sommaire
  1. Qu'est-ce que l'apnée du sommeil ?
  2. Quels sont les symptômes de l'apnée du sommeil ?
  3. Qui est à risque ?
  4. Comment se tester ? Les questionnaires Epworth et STOP-Bang
  5. Comment se fait le diagnostic ?
  6. Quels sont les traitements de l'apnée du sommeil ?
  7. Quels sont les risques si l'apnée n'est pas traitée ?
  8. Quand consulter ?
  9. En résumé

Un ronflement qui fait trembler les murs, des silences inquiétants pendant la nuit, puis une fatigue tenace malgré huit heures au lit : ce tableau est typique de l'apnée du sommeil. Très fréquente, elle reste pourtant largement sous-diagnostiquée, car la personne concernée ne se rend pas compte de ce qui se passe pendant son sommeil.

Le sujet n'est pas anodin. Répétées des dizaines de fois par heure, ces pauses respiratoires fatiguent le cœur et les vaisseaux, et la somnolence qu'elles provoquent augmente le risque d'accident.

La bonne nouvelle, c'est que l'apnée se diagnostique simplement et se traite efficacement. Voici comment la reconnaître, se tester, et ce que proposent les traitements.

Qu'est-ce que l'apnée du sommeil ?

Le terme médical est SAHOS, pour syndrome d'apnées-hypopnées obstructives du sommeil. Pendant le sommeil, les muscles de la gorge (le pharynx) se relâchent. Chez certaines personnes, le conduit devient trop mou et se ferme, partiellement ou totalement :

  • une apnée est un arrêt complet du passage de l'air ;
  • une hypopnée est une diminution importante de ce débit.

Chaque pause dure de 10 à 30 secondes, parfois plus, et peut se répéter une centaine de fois par nuit, selon l'Assurance Maladie. Le manque d'oxygène provoque de brefs micro-éveils dont on n'a pas conscience : la respiration repart, mais le sommeil est haché et ne joue plus son rôle réparateur.

La sévérité se mesure par l'indice d'apnées-hypopnées (IAH), c'est-à-dire le nombre d'événements par heure de sommeil.

IAH (événements par heure) Sévérité
Moins de 5 Normal
5 à 15 Apnée légère
16 à 30 Apnée modérée
Plus de 30 Apnée sévère

Source : Assurance Maladie.

Quels sont les symptômes de l'apnée du sommeil ?

La nuit

  • un ronflement fort et quotidien, présent dans 95 % des cas selon l'Assurance Maladie, souvent signalé par le conjoint ;
  • des pauses respiratoires observées par l'entourage, suivies d'une reprise bruyante ;
  • des réveils en sursaut avec sensation d'étouffement ;
  • des envies d'uriner nocturnes répétées, des sueurs, un sommeil agité.

Le jour

  • une somnolence excessive, avec des endormissements involontaires devant la télévision, en réunion ou au volant ;
  • une fatigue persistante et un réveil non reposé ;
  • des maux de tête matinaux ;
  • des troubles de la concentration et de la mémoire, de l'irritabilité, parfois une humeur dépressive ;
  • une baisse de la libido ou des troubles de l'érection, qui régressent généralement avec le traitement.

Ces signes sont souvent mis sur le compte du stress ou d'un manque de sommeil. Si vous dormez suffisamment (voir combien d'heures de sommeil il vous faut) et restez épuisé, l'apnée fait partie des pistes à explorer.

Homme épuisé, la tête posée sur son ordinateur portable en pleine journée
Homme épuisé, la tête posée sur son ordinateur portable en pleine journée — Photo : Vitaly Gariev / Unsplash

Qui est à risque ?

L'apnée du sommeil devient plus fréquente avec l'âge. L'Assurance Maladie cite une prévalence de 7,9 % chez les 20-44 ans, 19,7 % chez les 45-64 ans et 30,5 % au-delà de 65 ans. Les hommes sont deux fois plus exposés, et le risque augmente chez la femme après la ménopause.

Les principaux facteurs de risque sont :

  • le surpoids et surtout l'obésité, en particulier la graisse au niveau du cou et du ventre ;
  • un tour de taille élevé (plus de 94 cm chez l'homme, 80 cm chez la femme) ;
  • l'alcool, notamment le soir, et les somnifères ou anxiolytiques, qui relâchent les muscles de la gorge ;
  • le tabac ;
  • des particularités ORL : grosses amygdales, langue volumineuse, mâchoire petite ou reculée, nez bouché, cloison nasale déviée ;
  • l'hypertension, le diabète de type 2 et le syndrome métabolique, souvent associés.

Chez l'enfant, l'apnée existe aussi (environ 2 % des 2-6 ans), le plus souvent liée à de grosses amygdales ou végétations.

Comment se tester ? Les questionnaires Epworth et STOP-Bang

Avant tout examen, deux questionnaires simples aident à estimer le risque. Ils ne posent pas de diagnostic, mais ils sont utiles pour en parler à son médecin.

L'échelle de somnolence d'Epworth

Elle évalue votre risque de vous assoupir dans huit situations de la vie courante : lire assis, regarder la télévision, être passager d'une voiture pendant une heure, être assis après un repas sans alcool, être arrêté quelques minutes dans un embouteillage… Chaque situation est notée de 0 (jamais) à 3 (forte probabilité), soit un total sur 24. Un score supérieur à 10 évoque habituellement une somnolence excessive, quelle qu'en soit la cause. L'Assurance Maladie mentionne cette échelle, que votre médecin peut vous faire remplir.

Le questionnaire STOP-Bang

Il comporte huit questions, une par lettre :

Lettre Question
S (snoring) Ronflez-vous fort ?
T (tired) Êtes-vous souvent fatigué ou somnolent le jour ?
O (observed) Quelqu'un a-t-il remarqué des pauses respiratoires ?
P (pressure) Avez-vous de l'hypertension ?
B (BMI) Votre IMC dépasse-t-il 35 ?
A (age) Avez-vous plus de 50 ans ?
N (neck) Votre tour de cou dépasse-t-il 40 cm ?
G (gender) Êtes-vous un homme ?

Chaque « oui » vaut un point. Un score de 3 ou plus signale un risque intermédiaire à élevé, et un score de 5 à 8 un risque élevé. Une méta-analyse consacrée à la population générale confirme que ce questionnaire repère bien les apnées modérées à sévères en population générale, au prix de nombreux « faux positifs » : un score élevé justifie un avis médical, pas une inquiétude excessive.

Bon à savoir

Demandez à votre partenaire de noter, pendant quelques nuits, vos ronflements et d'éventuelles pauses de respiration. Ces observations sont précieuses pour le médecin.

Comment se fait le diagnostic ?

Tout commence chez le médecin traitant : interrogatoire sur le sommeil et la somnolence, examen de la gorge et du nez, mesure de l'IMC, du tour de taille et de la tension. S'il suspecte une apnée, il vous oriente vers un spécialiste du sommeil (pneumologue, ORL, neurologue ou médecin du sommeil).

Deux examens existent :

  • la polygraphie ventilatoire : souvent réalisée à domicile, elle enregistre pendant au moins 6 heures la respiration (débit d'air par le nez, mouvements du thorax et de l'abdomen), l'oxygénation du sang au doigt et le rythme cardiaque ;
  • la polysomnographie : plus complète, généralement réalisée à l'hôpital ou en centre du sommeil, elle ajoute l'enregistrement de l'activité du cerveau, des muscles et des yeux. Elle n'est pas systématique et sert surtout quand la polygraphie ne suffit pas.

Le résultat donne l'IAH et précise la sévérité, ce qui oriente le traitement.

Quels sont les traitements de l'apnée du sommeil ?

Les mesures d'hygiène de vie, pour tous

L'Assurance Maladie les place à la base de la prise en charge :

  • perdre du poids en cas de surpoids : même une perte modérée réduit nettement la sévérité des apnées. Nos repères sur le déficit calorique et pour perdre du ventre peuvent vous aider à démarrer ;
  • éviter l'alcool le soir et arrêter le tabac ;
  • faire le point avec son médecin sur les somnifères, anxiolytiques ou antidouleurs morphiniques, qui aggravent les apnées (sans les arrêter de soi-même) ;
  • garder des horaires de sommeil réguliers et pratiquer une activité physique.

Dormir sur le côté

Chez certaines personnes, les apnées surviennent surtout en position sur le dos. Dans ce cas, dormir sur le côté peut réduire de moitié le nombre d'obstructions en cas d'apnée modérée, selon l'Assurance Maladie. Des dispositifs dits « positionnels » (ceinture ou coussin dorsal) existent. Leur intérêt doit être confirmé par l'enregistrement du sommeil.

L'orthèse d'avancée mandibulaire (OAM)

Il s'agit d'une gouttière fabriquée sur mesure, portée la nuit, qui maintient la mâchoire inférieure légèrement en avant pour libérer la gorge. Elle nécessite une denture en bon état et un suivi dentaire.

La HAS la recommande en première intention pour les apnées modérées (IAH de 15 à 30) sans signe de gravité, et en deuxième intention en cas d'échec ou de refus de la PPC. Elle est aussi efficace que la PPC sur la somnolence, mais un peu moins sur le nombre d'apnées. Un contrôle par enregistrement du sommeil est prévu dans les mois qui suivent, puis une surveillance dentaire tous les 6 mois.

La pression positive continue (PPC)

C'est le traitement de référence des apnées sévères. Un petit appareil insuffle de l'air sous légère pression, via un masque nasal ou facial, pour empêcher la gorge de se fermer.

L'Assurance Maladie la prend en charge, avec entente préalable, lorsque :

  • l'IAH est égal ou supérieur à 30 ;
  • ou l'IAH est compris entre 15 et 30 avec au moins 10 micro-éveils par heure, ou en présence d'une maladie cardiovasculaire ou respiratoire grave (hypertension résistante, insuffisance cardiaque, antécédent d'AVC, BPCO…).

La première prescription, valable 4 mois, est faite par un pneumologue ou un médecin formé au sommeil ; elle est ensuite renouvelée pour un an. Le renouvellement est accepté si l'appareil est utilisé régulièrement (observance calculée sur 28 jours) et s'il est efficace. Selon la HAS, le bénéfice cardiovasculaire n'a été observé que chez les patients utilisant leur appareil au moins 4 heures par nuit, et les trois premiers mois sont décisifs pour s'y habituer.

Les désagréments les plus fréquents (sécheresse du nez ou de la bouche, irritation due au masque, nez qui coule) se règlent souvent en ajustant le masque ou en ajoutant un humidificateur : signalez-les au prestataire plutôt que d'abandonner.

Traitement Pour qui (adulte) Points clés
Hygiène de vie, perte de poids Tous Base du traitement, améliore toutes les formes
Traitement positionnel Apnées surtout sur le dos Efficacité à vérifier par enregistrement
Orthèse d'avancée mandibulaire Apnée modérée sans gravité, ou échec de la PPC Denture saine, suivi dentaire tous les 6 mois
PPC Apnée sévère, ou modérée avec signes de gravité Prise en charge sous conditions, à utiliser chaque nuit
Chirurgie Anomalie ORL ou maxillo-faciale, échec des autres traitements Indications limitées

Et la chirurgie ?

Elle est réservée à des situations particulières : anomalie anatomique nette (grosses amygdales, cloison nasale déviée, mâchoire très reculée) ou échec des autres traitements. Chez l'enfant, l'ablation des amygdales et des végétations est en revanche souvent le traitement principal.

Attention

Les gouttières « anti-ronflement » vendues sans ordonnance ne sont pas des orthèses d'avancée mandibulaire sur mesure. Les utiliser sans diagnostic peut masquer le ronflement sans traiter une apnée sévère. Faites d'abord le bilan.

Quels sont les risques si l'apnée n'est pas traitée ?

À court terme, la somnolence multiplie les accidents : de la route, domestiques et du travail. Si vous luttez contre le sommeil au volant, ne prenez pas la route et parlez-en rapidement à votre médecin, qui vous informera aussi des règles d'aptitude à la conduite.

À moyen et long terme, l'Assurance Maladie liste :

  • l'hypertension artérielle (voir nos repères sur la tension artérielle normale) ;
  • les troubles du rythme cardiaque, dont la fibrillation auriculaire ;
  • la maladie coronaire, l'infarctus et l'AVC ;
  • l'insuffisance cardiaque ;
  • le diabète de type 2 et le syndrome métabolique.

À cela s'ajoutent les effets d'un sommeil chroniquement dégradé sur l'humeur, la mémoire et la qualité de vie, détaillés dans notre article sur les risques d'un mauvais sommeil. Bien traitée, l'apnée fait régresser la somnolence et la fatigue, et la qualité de vie s'améliore souvent en quelques semaines.

Quand consulter ?

Parlez-en à votre médecin traitant si :

  • votre entourage remarque des pauses respiratoires ou un ronflement très fort ;
  • vous êtes somnolent dans la journée malgré des nuits suffisantes ;
  • votre score d'Epworth dépasse 10 ou votre STOP-Bang atteint 3 ou plus ;
  • vous avez une hypertension difficile à équilibrer, un trouble du rythme cardiaque ou un diabète, associés à un ronflement.

Ne confondez pas l'apnée avec l'insomnie : la personne apnéique s'endort souvent très facilement. Si votre difficulté est plutôt de trouver le sommeil, consultez notre guide sur l'insomnie.

En résumé

L'apnée du sommeil est fréquente, surtout après 45 ans et en cas de surpoids. Ronflement fort, pauses observées et somnolence diurne doivent faire consulter. Les questionnaires orientent, l'enregistrement du sommeil confirme. Le traitement, adapté à la sévérité, associe perte de poids, orthèse ou PPC, et protège le cœur autant que la vigilance.

Questions fréquentes

Comment savoir si l'on fait de l'apnée du sommeil ?

Les indices les plus fréquents sont un ronflement fort et quotidien, des pauses respiratoires remarquées par votre partenaire, des réveils en sursaut avec sensation d'étouffement, un sommeil non réparateur et une somnolence dans la journée. Les questionnaires d'Epworth et STOP-Bang donnent une première idée du risque. Seul un enregistrement du sommeil prescrit par un médecin permet toutefois de confirmer le diagnostic et d'en mesurer la gravité.

Peut-on guérir de l'apnée du sommeil ?

Chez certaines personnes, une perte de poids importante ou la correction d'un obstacle ORL réduit nettement, voire fait disparaître, les apnées. Dans la plupart des cas, on parle plutôt de contrôle : la PPC ou l'orthèse suppriment les apnées tant qu'elles sont utilisées. L'Assurance Maladie rappelle qu'une seule nuit sans PPC suffit à faire revenir la somnolence. Le traitement est donc généralement durable.

La PPC est-elle remboursée ?

Oui, sous conditions. L'Assurance Maladie la prend en charge lorsque l'indice d'apnées-hypopnées est égal ou supérieur à 30, ou compris entre 15 et 30 avec une fragmentation importante du sommeil ou une maladie cardiovasculaire ou respiratoire grave. Une entente préalable est nécessaire, et le renouvellement annuel dépend d'une utilisation régulière de l'appareil et de son efficacité.

Dormir sur le côté suffit-il contre l'apnée ?

Chez certaines personnes dont les apnées surviennent surtout sur le dos, dormir sur le côté peut réduire nettement le nombre d'obstructions : l'Assurance Maladie évoque une baisse de moitié en cas d'apnée modérée. Cette mesure ne remplace pas un traitement lorsque l'apnée est sévère, et son intérêt doit être confirmé par l'enregistrement du sommeil.

Les femmes peuvent-elles avoir de l'apnée du sommeil ?

Oui. Les hommes sont environ deux fois plus touchés, mais le risque augmente nettement chez la femme après la ménopause. Chez elles, les symptômes sont parfois moins typiques : fatigue, insomnie, maux de tête matinaux ou humeur dépressive plutôt qu'un ronflement spectaculaire. Le diagnostic est donc souvent posé plus tard.

Sources

  1. Ameli — Comprendre les apnées-hypopnées obstructives du sommeil
  2. Ameli — Symptômes, diagnostic et évolution de l'apnée du sommeil
  3. Ameli — Traitement des apnées-hypopnées obstructives du sommeil
  4. HAS — SAHOS de l'adulte : fiche de bon usage des dispositifs (PPC et orthèses)
  5. Validation du questionnaire STOP-Bang en population générale et chez les conducteurs professionnels (revue systématique et méta-analyse, PMC)

Dernière vérification des sources : 27 septembre 2026.