Beauté & soins

Silicones dans les cosmétiques : sont-ils vraiment dangereux ?

Dimethicone, cyclopentasiloxane, D4, D5, D6 : ce que la science et la réglementation européenne disent vraiment des silicones dans vos crèmes et shampoings.

Par la rédaction UCPLLMis à jour le 6 min de lectureNotre méthode
Trace de crème cosmétique blanche étalée sur fond blanc
Trace de crème cosmétique blanche étalée sur fond blanc — Photo : Jocelyn Morales / Unsplash

La réponse courte

Les silicones les plus courants en cosmétique, comme la dimethicone, ne présentent pas de danger démontré pour la santé aux doses utilisées : ils sont inertes et peu absorbés par la peau. Le problème concerne surtout trois silicones cycliques, D4, D5 et D6, jugés très persistants dans l'environnement : l'Union européenne les limite à 0,1 % dans les cosmétiques, avec une application complète en 2026-2027.

À retenir

  • Les silicones se repèrent dans la liste INCI par les terminaisons -cone, -conol ou -siloxane (dimethicone, amodimethicone, cyclopentasiloxane…).
  • Aucune toxicité n'est démontrée pour la dimethicone et les silicones linéaires aux doses cosmétiques ; leurs inconvénients sont surtout cosmétiques (effet alourdissant, dépôts).
  • Le D4 est interdit dans les cosmétiques, et le règlement (UE) 2024/1328 limite D4, D5 et D6 à moins de 0,1 % dans les produits rincés puis non rincés.
  • La raison principale de ces restrictions est environnementale : ces silicones cycliques sont persistants et s'accumulent dans les organismes aquatiques.
  • L'idée que les silicones « empêchent la peau de respirer » ou la rendent « dépendante » n'est pas étayée scientifiquement.

Ces informations sont générales et ne remplacent pas une consultation. En cas de symptômes, de traitement en cours, de grossesse ou d'allaitement, demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien.

Sommaire
  1. Qu'est-ce qu'un silicone cosmétique ?
  2. Comment reconnaître les silicones sur l'étiquette ?
  3. Les silicones sont-ils dangereux pour la santé ?
  4. Que dit la réglementation européenne sur D4, D5 et D6 ?
  5. Quels effets sur la peau au quotidien ?
  6. Et sur les cheveux ?
  7. Les silicones sont-ils mauvais pour l'environnement ?
  8. Faut-il bannir les silicones de sa salle de bains ?

On les trouve dans une grande partie des crèmes, fonds de teint, sérums, shampoings et après-shampoings. Les silicones donnent ce toucher soyeux, glissant et non collant que l'on associe aux « bons » produits de beauté. Mais ils ont aussi mauvaise presse : accusés d'étouffer la peau, d'alourdir les cheveux ou de polluer.

Qu'en est-il vraiment ? Il faut distinguer deux questions souvent confondues : le risque pour votre santé, faible selon les données disponibles, et l'impact sur l'environnement, qui a conduit l'Union européenne à restreindre certains d'entre eux. Voici ce qui est établi, ce qui relève de l'idée reçue, et comment choisir.

Qu'est-ce qu'un silicone cosmétique ?

Les silicones sont des polymères de synthèse construits autour d'un enchaînement d'atomes de silicium et d'oxygène (les « siloxanes »). Selon leur structure, ils sont linéaires (comme la dimethicone) ou cycliques (comme le cyclopentasiloxane).

Leurs atouts pour les formulateurs sont nombreux :

  • toucher doux et glissant, sans effet gras ;
  • étalement facile des crèmes et fonds de teint ;
  • effet lissant sur la peau et gainant sur les cheveux (démêlage, brillance, anti-frisottis) ;
  • stabilité chimique : ils ne rancissent pas et réagissent peu avec les autres ingrédients ;
  • effet filmogène qui limite la perte d'eau de la peau.

Comment reconnaître les silicones sur l'étiquette ?

La liste des ingrédients, obligatoire et rédigée en nomenclature internationale INCI (voir les explications de la DGCCRF sur l'étiquetage des cosmétiques), permet de les repérer assez facilement. Cherchez les terminaisons :

  • -cone : dimethicone, amodimethicone, cyclomethicone, trimethicone, cetyl dimethicone ;
  • -conol : dimethiconol ;
  • -siloxane : cyclopentasiloxane, cyclohexasiloxane, phenyl trimethicone… ;
  • -silane / -silicate : plus rares (silica silylate, par exemple, est une silice traitée).
Nom INCI Famille Usage typique Statut réglementaire UE
Dimethicone Linéaire, non volatil Crèmes, fonds de teint, après-shampoings Autorisé
Amodimethicone Linéaire, aminé Soins capillaires (se dépose sur les zones abîmées) Autorisé
Cyclotetrasiloxane (D4) Cyclique, volatil Anciennement dans de nombreux produits Interdit dans les cosmétiques
Cyclopentasiloxane (D5) Cyclique, volatil Sérums capillaires, déodorants, primers < 0,1 % en rincé depuis 2020 ; en non rincé en 2027
Cyclohexasiloxane (D6) Cyclique, volatil Maquillage, soins < 0,1 % en rincé puis en non rincé (2026-2027)
Sérums et gels cosmétiques de textures variées posés sur des disques transparents
Sérums et gels cosmétiques de textures variées posés sur des disques transparents — Photo : ibnu ihza / Unsplash

Les silicones sont-ils dangereux pour la santé ?

Pour la grande majorité des silicones, aucun danger n'est démontré aux concentrations utilisées en cosmétique. Les silicones linéaires comme la dimethicone sont de grosses molécules, chimiquement inertes, qui pénètrent très peu la peau. Ils sont d'ailleurs utilisés en médecine (pansements, gels pour cicatrices, dispositifs médicaux).

Le cas des silicones cycliques est différent :

  • le D4 (cyclotetrasiloxane) est classé toxique pour la reproduction (catégorie 2, effet suspecté) ; il est interdit dans les cosmétiques de l'Union européenne depuis 2022 ;
  • le D5 et le D6 ne font pas l'objet d'une classification comparable pour la santé humaine, mais ils sont visés pour des raisons environnementales (voir plus bas).

Autrement dit, la réglementation s'est surtout durcie pour protéger l'environnement, pas parce qu'une crème à la dimethicone serait nocive pour la personne qui l'applique.

Bon à savoir

Si vous êtes enceinte ou allaitez et souhaitez limiter vos expositions, vérifier l'absence de D4 et D5 (cyclotetrasiloxane, cyclopentasiloxane) sur les étiquettes de produits anciens est une précaution simple.

Que dit la réglementation européenne sur D4, D5 et D6 ?

Les trois silicones cycliques D4, D5 et D6 ont été identifiés par l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) comme très persistants et très bioaccumulables : ils se dégradent mal et s'accumulent dans les organismes aquatiques.

Les étapes clés :

  • 31 janvier 2020 : D4 et D5 limités à moins de 0,1 % dans les cosmétiques rincés (shampoings, gels douche).
  • 2022 : le D4 est interdit dans tous les cosmétiques.
  • 16 mai 2024 : adoption du règlement (UE) 2024/1328, qui modifie l'annexe XVII du règlement REACH (entrée 70) et limite D4, D5 et D6 à moins de 0,1 % en poids dans la plupart des produits mis sur le marché, y compris les cosmétiques.
  • 6 juin 2026 : application de la restriction générale, notamment aux cosmétiques rincés contenant du D6.
  • 6 juin 2027 : application aux cosmétiques non rincés (crèmes, maquillage, sérums), qui bénéficient d'un délai supplémentaire selon les analyses réglementaires publiées (Premium Beauty News, Phytodia).

Des délais plus longs sont prévus pour certains dispositifs médicaux et usages professionnels spécifiques. Concrètement, les produits contenant des taux significatifs de D5 ou D6 vont progressivement disparaître des rayons européens, et les marques les ont déjà largement remplacés.

Quels effets sur la peau au quotidien ?

On entend souvent que les silicones « empêchent la peau de respirer ». C'est une image trompeuse : la peau ne respire pas par ses pores, et la dimethicone forme un film semi-occlusif, perméable à la vapeur d'eau. Cet effet limite la déshydratation, c'est même pour cela qu'elle est utilisée dans des crèmes protectrices.

Quelques réserves méritent cependant d'être mentionnées :

  • l'effet lissant est cosmétique : il améliore l'aspect sur le moment mais ne « répare » pas la peau ;
  • une formule très riche peut favoriser des imperfections sur peau grasse ou à tendance acnéique ;
  • les couches superposées (soin + primer + fond de teint) peuvent former des peluches (« bouloches ») si elles sont appliquées trop vite ;
  • un démaquillage soigneux le soir est indispensable pour éliminer les résidus.

En revanche, l'affirmation selon laquelle la peau deviendrait « dépendante » aux silicones ou plus terne à long terme n'est appuyée par aucune donnée scientifique. Pour construire une routine adaptée à votre type de peau, voir notre guide de la routine de soin du visage.

Et sur les cheveux ?

Sur les cheveux, les silicones sont surtout un atout pour les longueurs sèches, colorées ou abîmées : ils gainent la fibre, limitent la casse au démêlage et apportent de la brillance. Ils sont très présents dans les soins pour cheveux colorés et les protecteurs thermiques.

Leur inconvénient : les silicones non volatils (dimethicone) peuvent s'accumuler, surtout avec des shampoings doux qui les éliminent moins bien. Résultat possible : cheveux alourdis, plats, qui semblent regraisser plus vite. À l'inverse, le D5 s'évapore après application et ne s'accumule pas, ce qui explique son succès passé dans les sérums.

Quelques pistes si vos cheveux sont fins ou manquent de volume :

  • réservez les soins siliconés aux pointes et longueurs ;
  • faites un shampoing clarifiant de temps en temps pour éliminer les dépôts ;
  • privilégiez les amodimethicones, qui se déposent surtout sur les zones abîmées ;
  • ou testez des soins sans silicones à base d'huiles légères.

Si vous hésitez entre shampoing sulfaté et sans sulfate, lisez aussi notre guide d'achat du shampoing sans sulfate.

Les silicones sont-ils mauvais pour l'environnement ?

C'est sur ce point que les critiques sont les plus fondées. Les silicones cycliques D4, D5 et D6 sont persistants dans l'environnement, bioaccumulables et, pour le D4, toxiques pour les organismes aquatiques : c'est la justification officielle de la restriction REACH. Les produits rincés les envoient directement dans les eaux usées, et les produits volatils les dispersent dans l'air.

Pour les silicones linéaires comme la dimethicone, les données sont moins alarmantes, mais ils restent des molécules de synthèse peu biodégradables. Les chiffres de durée de dégradation qui circulent (plusieurs centaines d'années) ne reposent pas sur des sources vérifiables et sont à prendre avec prudence.

Faut-il bannir les silicones de sa salle de bains ?

Non, sauf choix personnel ou environnemental. Voici une approche raisonnable :

  1. Côté santé, les silicones autorisés aujourd'hui ne justifient pas d'inquiétude particulière.
  2. Côté environnement, privilégiez les produits sans D5 ni D6, notamment pour les produits rincés.
  3. Côté efficacité, gardez-les là où ils sont utiles (pointes abîmées, protection thermique) et allégez ailleurs.
  4. Côté peau sensible ou acnéique, jugez sur la formule entière, pas sur un seul ingrédient.
Attention

En cas de réaction (rougeurs, brûlures, démangeaisons) après un nouveau cosmétique, arrêtez-le et demandez conseil à un pharmacien ou un médecin. Vous pouvez aussi signaler un effet indésirable sur le portail signalement-sante.gouv.fr.

Les silicones ne sont ni des poisons ni des ingrédients miracles. Ce sont des outils de formulation, dont certains ont montré un vrai problème environnemental et sont en train de disparaître d'Europe. Si vous aimez fabriquer vos soins, notre recette de baume à lèvres maison est un bon point de départ, sans aucun silicone.

Questions fréquentes

Les silicones bouchent-ils les pores et donnent-ils des boutons ?

La dimethicone est généralement considérée comme peu comédogène : elle forme un film perméable à la vapeur d'eau, pas une couche étanche. Des boutons peuvent toutefois apparaître si la formule entière est riche et occlusive, ou si le maquillage n'est pas bien retiré. En cas d'acné, choisissez des produits notés non comédogènes et démaquillez-vous soigneusement chaque soir.

Faut-il éviter les shampoings avec silicones ?

Pas forcément. Les silicones facilitent le démêlage et protègent les longueurs, ce qui est utile sur des cheveux longs, colorés ou abîmés. Sur des cheveux fins, ils peuvent alourdir et donner un aspect gras plus vite. Dans ce cas, alternez avec un shampoing sans silicones ou clarifiant de temps en temps pour éliminer les dépôts.

Qu'est-ce que le cyclopentasiloxane et est-il encore autorisé ?

Le cyclopentasiloxane, aussi appelé D5, est un silicone cyclique volatil qui s'évapore après application et donne un toucher sec et soyeux. Il est limité à moins de 0,1 % dans les produits rincés depuis 2020, et le règlement européen 2024/1328 étend cette limite aux produits non rincés, avec une application prévue au 6 juin 2027.

Les silicones sont-ils autorisés en cosmétique bio ?

Non. Les grands référentiels de cosmétique biologique et naturelle excluent les silicones de synthèse. Les formulateurs les remplacent par des huiles végétales légères, des esters ou des alcanes d'origine végétale, qui donnent un toucher proche mais un rendu parfois un peu différent.

Une allergie aux silicones est-elle possible ?

Les allergies de contact aux silicones cosmétiques sont considérées comme rares. Une réaction à un produit contenant des silicones est plus souvent due à un autre ingrédient, comme un parfum ou un conservateur. En cas de rougeurs ou de démangeaisons, arrêtez le produit et parlez-en à un pharmacien, un médecin ou un dermatologue qui pourra proposer des tests.

Sources

  1. EUR-Lex — Règlement (UE) 2024/1328 modifiant l'annexe XVII de REACH (D4, D5, D6)
  2. Premium Beauty News — UE : nouvelles restrictions pour les silicones D5 et D6 dans les cosmétiques
  3. Intertek — Commission adopts EU-wide restriction on cyclosiloxanes (D4, D5, D6)
  4. Phytodia — De nouvelles restrictions pour les D4, D5 et D6 dans les cosmétiques
  5. DGCCRF — Étiquetage de vos produits cosmétiques : comment le décrypter ?
  6. ECHA — Agence européenne des produits chimiques

Dernière vérification des sources : 27 septembre 2026.